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par Jean Revol | |||
| ART DE DEBILES, DEBILES DE L'ART ? | ||||
EN QUÊTE DES « PERSONIMAGES » CONSIDÉRATIONS SUR L'ATELIER 2 / 10 L'une des premières caractéristiques du handicapé mental, c'est sa docilité exceptionnelle à la contagion et au mimétisme sociaux qui s'inscrit « contre » plutôt que « pour » l'adaptation réelle. Sa sociabilité est souvent un miracle de spontanéité et de franchise. Il a le sens de l'humour, et jusque dans ses tristesses. Il attire la confiance et donne la sienne sans retenue. Il a besoin de confidences et il s'épanche volontiers. Toute son attitude est ouverte : toute émotion trouve en lui un écho. Il est comme une caisse de résonance particulièrement sensible où se prolongent et s'amplifient les bruits de l'extérieur. ![]() Violette M. "Autoportrait", 50 x 65 cm C'est dire s'il est vulnérable : au point que certaines suggestions peuvent agir sur lui avec la force d'un automatisme aveugle, sans mettre en cause sa personnalité, sans susciter la moindre réaction. C'est pourquoi il importe de ne pas trop lui faciliter la tâche, de ne pas ménager, chez lui, ces appétits des faibles : besoins puérils de direction, de réconfort, de merveilleux à bon marché. La télévision, par exemple, qui établit si facilement - dans les foyers comme dans les familles - entre les handicapés et le monde extérieur, un lien dérisoire, contribue puissamment à faire de ceux-ci de pitoyables caricatures de l'automate social. Ces automatismes de suggestion ne peuvent que diminuer le recul du jugement, la retenue affective et le contrôle intérieur. Certaines méthodes d'éducation, qui cultivent ce don d'imitation au degré le plus primaire, poussent d'autant plus à la dégradation qu'elles imitent une formule et non la réalité qui s'appauvrit d'autant. Combien de fois, directeurs ou directrices m'ont montré avec orgueil des « oeuvres d'art » faites par leurs ouailles à l'I.M.P. * ou l'I.M.P.R.O. Il s'agissait toujours d'œuvres-robots, exécutées sagement par des robots, avec des moyens mâchés à l'avance, bien nettes, bien propres à orner anonymement les murs d'un bureau anonyme. Le même individu, incité à s'épancher librement devant une feuille blanche, ne pouvait commettre que des gribouillages informes. Songeons à ce qu'est devenu l'enseignement artistique dans la plupart des écoles d'art, enseignement dont nous voyons l'apothéose avec ces « maîtres » actuels dont on se demande bien ce qu'ils feraient si, dépouillés de leur petit matériel à faire de l'art, ils étaient réduits à leurs propres forces. Nous en trouvons l'équivalent dans certaines méthodes qui font profession d'apprendre au handicapé à reconstituer l'image vivante par un système de signes abstraits et stéréotypés : la négation même de la création. N'oublions pas non plus qu'un directeur de C.A.T. est monarque absolu dans son domaine, aussi bien - et surtout - sur le plan affectif. Au point qu'il suffit qu'un directeur déclare au plus doué de nos artistes : « Tu ne feras plus de peinture ! » pour que celui-ci se taise à jamais. Même, il va renchérir et se punir d'avoir été puni il n'aura plus envie de peindre. |
Les handicapés - pour une immense majorité -
vivent sous le signe de l'Interdit suspendu au-dessus de
leurs têtes comme l'épée de Damoclès : l'interdit majeur
étant le sexuel. Nous aurons l'occasion d'y revenir. 11
n'est personne, aussi bas qu'il se situe dans l'échelle
sociale, qui n'ait pouvoir sur le handicapé. Face à lui,
concierges, gardiens ou gens de services, aussi démunis
soient-ils eux-mêmes, se sentent d'une essence
supérieure. Il n'y a pas d'échelle de valeur au C.A.T. quant
aux modèles de référence. Il y a le handicapé et en face de
lui, le « normal » situé, non plus haut, mais de l'autre côté
d'une barrière : il est normal, il est marié, il gagne de
l'argent, il a sa vie propre. Aussi les rapports quotidiens
sont-ils extrêmement ambivalents, ambigus, souvent
faux. Le handicapé - qui sait bien sur quels plans il peut
jouer - s'efforce toujours de ramener ces rapports sur le
plan affectif. Mais les jeux sont faussés - et il le sait
parfaitement, avec sa notion très aiguë du vrai et du faux
- du fait de l'autorité. Aussi ces contacts sont-ils tour à
tour exaltants ou dégradants ; et alors le handicapé se
réfugie dans cette espèce d'immense mémoire qui est son
imaginaire. Il n'est pas question de vouloir diminuer les
mérites du personnel
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![]() Jacques A. "Sans titre ", 65 x 50 cm |
travaillant en C.A.T. C'est le cadre
même de ces établissements, le cadre conceptuel dans
lequel ils enferment le phénomène psychique qui paraît
insupportablement étroit : et ceux qui y travaillent en
sont le reflet.
* Institut médico-pédagogique.
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Début du livre Chapitre 2 : En quête des "Personimages", considérations sur l'atelier Page 1/10 Page 2/10 Page 3/10 Page 4/10 Page 5/10 Page 6/10 Page 7/10 Page 8/10 Page 9/10 Page 10/10 1. Introduction 2. En quête des "Personimages", considérations sur l'atelier 3. Galerie de portraits 4. De l'image au personimage 5. Art en puissance, art en impuissance |
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