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Labyrinthe minautorien, forêt obscure, quête du Graal,
chemin de Damas ou chemin de croix, l'espace circonscrit par
les oeuvres et installations de Gregorio Botta dévoile une
topographie aventureuse, un territorie du merveilleux,
transformant celui qui s'y perd en quelque héros de légende,
chevalier errant, pèlerin expiatoire ou explorateur en terra
incognita. Au fil des étapes, le cheminement au coeur de
cette géographie initiatique conduit le voyageur avide de
révélation sur le versants de la métaphysique et de
l'imaginaire, là où s' architecture la pensée, là où se
construisent aussi archétypes, mythes et fables. Par ce repli
dans la méditation et l'imaginaire constructif, les travaux
de Gregorio Botta offrent un rééquilibrage face aux
situations insatisfaisantes imposées par les contingences
extérieurs, ainsi le jeu tonique des images, la machinerie
pseudoscientifique, la dramaturgie mystique, ne tentent que
de réaliser l'inespéré à savoir poétiser et dédramatiser le
réel.
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| Le poids et la légèreté. |
L'itinéraire s'ouvre d'abord sur la salle du poids et de
la légèreté; là, les structures archétypiales s'affrontent en
silence: le poids de la matière, incarné par la gravité des
plombs, des fers et des volumétries pleines s'oppose aux
énergies volubiles autant qu'insaisissables de la pensée,
tranposées elles dans les propriétés fluides et translucides
des cires blanches ou dans la fragilité des papiers
invisibles, servant de fond aux tableaux. Un dialogue fécond
s'instaure entre le solide et l'imatériel, entre l'ombre et
la lumière, signifiant subtilement qu'à la psychologie
tragique de la chute des corps répond symétriquement et
salutairement celle du redressement spiritual.
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| San Gennaro: le sang du saint |
L'espace du sacré surgit alors, dépliant son rituel
primitif et syncrétique situé entre transsubstantation
eucharistique et sacrifice paien. A Naples, depuis des
siècles, on célèbre le miracle de San Gennaro, patron de la
ville. Le sang du saint, solidifié et contenu dans une
ampoule sacrée, se liquéfie deux fois l'an devant la foule
des fidèles, scellant ainsi le nouveau triomphe des forces de
vie sur la cité. A l'image de la capsule renfermant le sang
miraculeux, les San Gennari de Gregorio Botta contiennent en
leur centre de gravité une concentration de pigments rouge
sang comprimés sous une plaque de verre. La sereine
monochromie du tableau s'illumine soudain, ravivée par la
relique flamboyante qui devient signe de l'énergie pure
encore à libérer et figure matricielle où reposent à l'état
de virtualité les formes en devenir.
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| La chambre du feu |
"L'imagination travaille en son sommet comme une flamme"
(Bachelard)
Ultime station du parcours, voici la chambre du feu, lieu d'abandon et de dissolution des formes. Figure solidaire du sang, de la vie, l'élément feu demeure l'emblème d'une essence suressentielle, véhicule de l'intelligence céleste ou diabolique. Dans sa psychanalyse du feu, Bachelard, qui a bien compris cette valeur essentialiste, confère au feu une double puissance métaphorique, une métaphore de métaphore qui désigne, entre autres dialectiques, l'endroit mystérieux où gît le secret ultime des énergies mutantes, soit le secret de la création. Dans cette même perspective, la chambre du feu se situe au coeur même du système créatif de Gregorio Botta; une sorte de point de fusion où se consumme dans un face-à-face menaçant l'ouvre passée et présente. Nous assistons alors à cette épreuve du feu dans laquelle le dynamisme calorifique joue avec les matières et substances créées antérieurement par l' artiste, une combustion de l'oeuvre qui fait fondre les cires, brûler toiles et cadres, blesser et creuser la planimétrie des surfaces, jusqu'à ce que cette poésie aléatoire de la flamme libère, au terme de ce sacrifice, une nouvelle syntaxe plastique résolument tournée vers l'avenir. Helène-Françoise Brou
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