![]() |
Née en 1965 à Domat-Ems (GR) / 1965 in Domat-Ems geboren |
|
|
|
Empiler* Ainsi jouent les enfants, en empilant des cubes de bois, l'un après l'autre, toujours plus haut vers le ciel et sans la moindre intention de s'ancrer dans la durée. Chaque enfant construit sa tour penchée et échappe sans le savoir, mais délibérément, aux lois de la statique. La durée de vie de ses édifices se mesure à l'aune d'une longue après-midi. Le but ultime de l'entreprise n'étant pas la construction d'une tour, mais bien son effondrement. Voilà à quoi travaillent les enfants quand ils jouent. Voilà ce qui explique leur joie devant le tas de décombres, tandis que ceux qui ont perdu leur propre enfance s'agitent et tendent à tout mélanger. Une tour s'écroule et ils parlent de destruction. Aux cris de joie ils répondent par la colère. Mais l'enfant sait que ses cubes ne sont pas perdus. Redoublant d'enthousiasme, il construit une nouvelle tour, encore plus haute, encore plus penchée, afin qu'elle aussi s'effondre pour son plus grand plaisir.. Au fil des ans, on nous enseigne tout le contraire: seul ce qui dure a quelque valeur. Un bâtiment neuf qui s'effondre provoque forcément la réprobation. Nous bâtissons pour l'éternité, en ne cessant de nous étonner combien l'éternité peut être courte. Nous rêvons tous de construire notre propre foyer et nous partageons le monde entre ce qui est à l'intérieur et ce qui est à l'extérieur. Nous voulons habiter - dans nos propres murs. Telle est notre liberté. Même si nous y vivons en prisonniers - prisonniers de notre propre espace de l'âme. Pourvu que la façade tienne debout... A moins qu'à nouveau nous nous prêtions au jeu, comme ici au Musée Ariana. Certes, les cubes sont devenus un peu plus grands et plus lourds, mais le jeu est resté le même: empiler. Dans la pièce s'entassent mille cinq cents briques préfabriquées, cuites, bien rangées et prêtes à être transportées. Gare à celui qui aurait le malheur de renverser une, deux, ou même toutes les tours! On l'accuserait de destruction et son acte susciterait la colère. A tort, me semble-t-il. Car les tours qui se dressent ici n'ont pas pour fonction de créer l'illusion de l'éternité. Entre les briques, point de mortier. Tout ne tient qu'en vertu du poids de chaque élément et d'une connaissance de la statique, sciemment mise en oeuvre. Le reste est de l'art. De l'art pour rien? Pour les affamés qui - accompagnés de touristes avides - se multiplient éternellement et avec empressement dans les étages du Colisée rappelant les empires déchus? Peut-être. Quiconque bâtit des tours exprime beaucoup de choses à la fois. Et celui qui se meut entre ces tours, s'en approche, promène son regard autour et dans les édifices, celui qui pénètre cet espace, celui-là se mue en explorateur de l'espace et du temps. Du fond de son esprit surgissent alors des images de châteaux, des images qui parlent de pouvoir, de possessions territoriales, des images qui évoquent la fragilité ou la sécurité. A moins qu'une vision fulgurante ne le replonge dans son enfance, ce lieu où il est si difficile de revenir. Ce lieu où la finalité de toute chose consistait, encore et toujours, à ramener le ciel sur le tapis de la chambre d'enfant. Là où ceux qui avaient grandi voulaient nous apprendre à construire. Si nous avions su les mots, nous leur aurions crié à la face, à ces adultes qui s'ingéniaient à détruire notre art: "Si vous ne nous laissez pas jouer, nous nous enfuyons!" Flurin Spescha *Le verbe turmen peut prendre deux significations: «empiler, entasser» ou «s'enfuir, filer». |
Türmen So spielen Kinder: Sie schichten Holzklötze aufeinander, himmelwärts, aber ohne Absicht auf irdische Dauerhaftigkeit. Jedes Kind baut sich seinen schiefen Turm und unterläuft - ohne Kenntnis, aber willentlich - die Gesetzmässigkeiten der Statik. Denn nichts, was gebaut wird, soll Bestand haben dürfen über die Dauer eines langen Nachmittages hinaus. Das Ziel ist nicht der Bau eines Turmes, sondern dessen Einsturz. Darauf gründet die Arbeit der Kinder, wenn sie spielen. Und daran misst sich ihre Freude am angerichteten Schaden. Jene, denen das Verständnis für ihre eigenen Ursprünge abhanden gekommen ist, neigen dann zur Verwechslung: Sie lesen den Einsturz als Zerstörung und antworten auf die Freude mit Wut. Das Kind aber weiss um die Wiederverwertbarkeit des Materials und baut sich - mit wachsender Begeisterung - einen neuen, noch höheren, noch schieferen Turm, auf dass auch dieser, zur Genugtuung des Heranwachsenden, einstürze... Später lernen wir das Umgekehrte: Nur das, was Bestand hat, zählt. Einstürzende Neubauten sind verpönt. Wir bauen für die Ewigkeit und sind dann immer wieder verblüfft, wie kurz diese ist. Wir trachten nach einem Zuhause und trennen die Weit in ein Innen und in ein Aussen. Wir wollen wohnen in den eigenen vier Wänden. Das ist unsere Freiheit. Selbst dann, wenn wir darin Gefangene sind - des eigenen Seelenraums. Hauptsache, die Fassade bleibt stehen... Oder wir lassen uns, wie hier im Musäe Ariana, erneut ein auf das Spiel: Die Bauklötze sind zwar etwas grösser geworden und etwas schwerer, doch das Spiel heisst nach wie vor: Türmen. Tausendfünfhundert Backsteine aus der Fertigproduktion, gebrannt und transportbereit gestapelt - füllen jetzt das Zimmer. Und wehe, es ginge jemand hin und stiesse einen oder zwei oder gar alle Türme um: Wir würden von Zerstörung reden und auf die Tat mit Wut antworten. Nicht ganz zu recht, wie ich meine. Denn die Türme, die wir hier sehen, haben nicht die Aufgabe, Ewigkeit vorzutäuschen. Kein Mörtel bindet die Steine. Was vor dem Einsturz bewahrt, sind das Gewicht des einen auf dem anderen und eine statische Kenntnis, die willentlich angewan t wurde. Der Rest ist Kunst. Für die Katz? Für die hungrigen Katzen, die sich - im Beisein gefrässiger Touristen - zwischen den Etagen des Kolosseums ewig und eifrig vermehren und an eigestürzte Imperien erinnern? Vielleicht. Wer türmt, meint vieles in einem. Und wer sich zwischen diesen Türmen bewegt, sich an sie herantastet, zwischen ihnen und durch sie indurchblickt; wer dieses Zimmer betritt, wird zum Raum- und eitreisenden. Vor dem inneren Auge tauchen Burgen auf, Vorstellungen von Macht und Landbesitz und Ahnungen von Vergänglichkeit oder Geborgenheit. Vielleicht aber auch ein Flash aus der Kindheit, jenem so schwer wiederzufindenden Ort, wo es darum gegangen war, den Himmel immer wieder auf den Teppich des Kinder zimmers herunterzuholen. Und wo wir, wenn die der Kindheit Entwachsenen uns vormachen wollten, wie man baut, mit der ganzen Wut unseres Bauches zu schreien begannen. Hätten wir damals schon Worte für jene Zerstörung gehabt, die die Erwachsenen unserer Kunst zufügten, wir hätten gesagt: Wenn ihr uns nicht spielen lasst, türmen wir! Flurin Spescha |
|
Technique Terre cuite mise en forme au moyen d'une presse industrielle et retravaillée. Les surface sont traitées aux engobes, au sortir de la presse. Monocuisson en four électrique (1060° C) Technische Daten Irdengut, mechanisch gepresst und verändert. Direkt an der Presse mit Engoben behandelt und strukturiert. Einbrandverfahren im Elektroofen, bei 1060° C. | |
Perspectives '98 Ceramic Art Kara Art Home