C'est une aventure hors du commun que vit l'artiste Sandy
Kopitopoulos. Il est né d'un père grec à Lausanne en 1965, y fait sa
scolarité, puis, mordu pour les arts plastiques, va à Londres, à la
Heatherley School of Fines Arts, pour étudier le dessin académique.
Il est alors attiré par le cinéma. A ce moment là, sa mère retrouve sa
propre mère, qu'elle croyait perdue durant la guerre 39-45. Cette
grand-mère vit à Los Angeles, fait des montages sonores de films.
Elle accueille son petit-fils qui est admis au California Institute of the
Arts (CalArts) fondé par Walt Disney. Sandy fait des courts
métrages: son film Chairs (Chaises) est sélectionné dans un festival
d'animation et passe un an sur les écrans américains. Le certificat
de CalArts en poche, il travaille dans les studios de dessins animés.
En 1994, il revient en Suisse, conservant une activité dans des
productions cinématographiques.
Entre-temps il s'est familiarisé avec un programme
sophistiqué mis au point par une petite compagnie californienne:
Fractal Pinter. C'est un metteur en scène qui lui recommande de
s'en servir pour son travail au cinémato. Au début c'est le choc, mais
au bout de quelques mods il maîtrise ce nouveau médium. Sandy
Kopitopoulos est entré dans cette nouvelle famille des arts
plastiques qu'on nomme computart. Ce n'est ni de la photo, ni de la
peinture, c'est bien une création autonome. «Je créais sur papier
des images dessinées à l'écran, dit-il, aujourd'hui, ¡e réalise à
l'écran des images qui aboutissent sur le papier».
Ce qu'on peut généralement voir de créations sur
ordinateur apparaît tributaire de simplifications informatiques. Ici,
bien rares sans doute seraient les visiteurs de l'exposition qui
identifieraient tout de suite la technique employée si Kopitopoulos
n'avait pris soin de les informer. Son travail est bien celui d'un
peintre en possession d'un solide métier qu'il n'a pas oublié en
passant à l'image virtuelle. Il avoue ne plus fairé de différence entre
l'écran et la toile, le crayon virtuel et le pinceau. Ce qui compte, c'est
l'idée et le regard.
Mais il est fasciné et porté par les possibilités infinies du
programme qui permet par exemple d'éclairer l'oeuvre par derrière,
selon un anglé voulu, ou de lui conférer différentes textures. Il peut
aussi créer un objet - une chaise, par exemple, sujet qui revient
souvent dans ses tableaux - et le soumet à différents traitements,
déformations, au gré d'une fantaisie qui ne s'exprimerait pas aussi
librement selon lui devant une toilet. Il se sent libéré de ce fameux
duel avec la toile où parfóis c'est la toile qui gagne...
Ce qui frappe aussi dans ces moyens et grands formats,
c'est le caractère soigné de l'impression, dû à un imprimeur
passionné qui prend le temps de reproduire ce qui figure sur l'écran:
couleurs exactes, éclairages, reflets, moires souvent complexes.
L'intérêt du public pour cette nouvelle approche artistique
s'est manifesté dès le vernissage. Au-delà de la découverte
technique, on rencontre un artiste créant de belles images, dont
certains titres expriment d'ailleurs un intérêt profond pour les sujets
mythologiques grecs - Minotaures, Thésée, Pythie, Narcisse,
Hélène, Pandora. Un art au demeurant non dénué d'humour, ainsi
qu'en témoignent ces sièges - commodités de la conversation
meublant narquoisement plusieurs de ces compositions.
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