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Pier Paolo PASOLINI |
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par Giuseppe Zigaina
La popularité de Pasolini et la très grande
renommée dont il jouissait en Italie comme à
l'étranger, étaient dues essentiellement à ses
oeuvres cinématographiques et à ses interventions
de nature politique dans les grands quotidiens.
Comparés au nombre de ceux qui savaient
superficiellement qui il était, peu nombreux étaient
les lecteurs de ses poèmes. Très peu savent donc
que Pasolini était essentiellement un poète. C'est en
poète qu'aussi bien il faisait du cinéma, il écrivait
des romans, il parlait de la politique. De ce fait
chacun de ses « discours » se constituait par
images ou naissait d'une image. Il y avait toujours un
détail concret qui le frappait. D'où son recours fré
quent à des formes emblématiques de langage, et à
des images compréhensives d'un tout. (C'est sous
cet angle que devrait être considérée et approfondie
la grande force pédagogique de Pasolini: il faudrait
justement prendre en compte aussi l'expérience
acquise par sa pratique de l'enseignement, et
l'usage qu'il fit dans l'école, de la poésie et de
l'image picturale).
Ainsi son discours pouvait apparaître parfois peu
compréhensible ou paradoxal, par la contraction
qu'entraînait la suppression des passages logiques
et par la prédominance qu'y prenait l'image. En
substance, sa double nature de poète et de
philologue le portait à produire des images
fulgurantes et ensuite (mais seulement en un
deuxième temps) à expliciter leur surgissement et
leur nécessité. C'est ainsi que s'expliquent son goût
figuratif inné et son grand amour pour la peinture.
(Sa « fulguration figurative », qu'il dit devoir à Roberto
Longhi, ne concerne que sa culture artistique et non
pas sa nature de peintre).
Pasolini a dessiné et peint dès son enfance, en
alternant toujours la poésie et la peinture. Et,
toujours, il a peint en poète. Sa technique
d'expression est exemplaire dans ce sens. Par
exemple, je l'ai rarement vu utiliser les couleurs
traditionnelles à l'huile ou à la colle. Depuis que Je
l'ai connu, dans l'immédiat après-guerre, il
n'a cessé d'expérimenter les techniques picturales
les plus singulières, en utilisant et en mélangeant
les matériaux les plus insolites. Les derniers temps,
pendant ses séjours à Cervignano ou à Grado, il
utilisait pour les couleurs les moyens les plus
impensables, dont le choix n'était qu'apparemment
dû au hasard. Pour les verts, il utilisait une certaine
espèce d'herbe grasse et les grains du raisin blanc.
Pour les roses, ces fleurs qu'on appelle, dans la
lagune, les fiuri de tapo. Et pour obtenir
certains rouges, il utilisait du vinaigre de vin mélangé
à de la chaux. Dans la phase de dessication de ces
«techniques mixtes», affleuraient les transparences
les plus étranges. (Il arrivait parfois que tout
commence à s'écailler après quelques jours. Il fallait
alors trouver, ensemble, des remèdes immédiats).
Que le choix des moyens techniques d'expression
n'était qu'apparemment dû au hasard, c'est Pasolini
lui-même qui le dit, avec une précision surprenante,
quand il parle, dans La ricotta, des
couleurs de la Déposition du Pontormo: «...Si vous
prenez des coquelicots que vous aurez laissés
exposés aux rayons du soleil d'un après-midi
morne... et si vous les écrasez, voici qu'il en sort un
jus qui séchera immédiatement; alors, diluez-le un
peu, sur une toile blanche à peine lavée, et dites à
un enfant de passer un doigt humide sur ce liquide:
au centre de l'empreinte du doigt deviendra visible un
rouge très pâle, presque rose, mais splendide par la
blancheur de lessive qu'il y a au-dessous; et aux
bords des traces laissées par le doigt, se ramassera
un filet d'un rouge violent et précieux, un rien déteint;
il séchera
tout de suite, il deviendra opaque, comme sur une
couche de chaux... Mais c'est en déteignant ainsi,
comme sur du papier, que, mort, il gardera sa vive
rougeur. Cela pour le rouge ».
Cette façon de procéder, qui, par certains côtés,
pouvait paraître esthétisante, était au contraire, me
semble-t-il, la transposition poétique de son
maniérisme avide, qui, par sa présence irrépressible,
était devenu chez Pasolini un style de vie.
En peignant de cette ma nière-là, il parvenait en
effet à valoriser, en les fixant dans une singulière
unité, tant le choix du moyen, que le gesterituel, et
le résultat. Celui-ci gardait en tout cas un parfum
intense de poésie. J'ajouterais encore que sa volonté
d'affronter les problèmes de l'expression avec une
liberté d'invention totale et dans une recherche
obstinée du nouveau, était représenta- tive de tout ce
qu'il a fait au cours de sa vie. Tous ceux qui lui
reprochaient son inquiétude politique, qui
l'accusaient de se contredire fréquemment, qui
l'accu- saient d'extravagance et d'incohérence,
I'auraient mieux compris si seulement ils avaient
reconnu dans sa façon de procéder, la manière
typique d'un poète. Du grand poète
maniériste1 (avec le « cerveau à découvert »)
ne sachant et ne voulant pas renoncer à accueillir
toutes les stimulations de la réalité, et sachant
restituer cçtte réalité dans des images où toujours
affleurent avec toute leur richesse de sens, la
découverte et l'émotion.
Article tiré de la "Revue esthétique" no 3, 1982.
Traduit de l' italien par Anna
Rocchi Puliberg
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