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UN HOMME D'ART AU SERVICE DE L'IDEAL
( Ce texte a été tiré du N° 6/1995 de la publication "HomeART".
Malgré la barrière linguistique, compensée agréablement par une bien sympathique interprète, la connaissance de l'homme conforta l'authenticité du message que j'avais ressenti au travers de la reproduction d'une seule de ses oeuvres. Et cela est plus rare qu'on ne le pense.
La plupart des artistes - qui parviennent à traduire le sensible et le sens d'une époque - cherchent rarement, en dehors de leurs créations, à se conformer plus concrètement (ou politiquement) à leurs découvertes picturales en essayant, par exemple, de faire partager plus amplement les découvertes de leurs ressentis. Ils peignent et vivent dans l'espoir que leur message sera apprécié, sans plus. Ils cherchent plus à plaire ou à se plaire qu'à convaincre, comme s'ils doutaient d'eux-mêmes, ou, comme si l'acte de peindre n'était pour eux que le métier aimé et utile à gagner leur vie.
II n'est certes pas question de les critiquer de se limiter à leurs créations, si difficiles à réaliser dans un milieu qui ne leur accorde pas souvent la considération qu'ils (et qu'elles) méritent ; en effet, leurs oeuvres, seules, sont déjà contribution aussi admirable que précieuse.
Toutefois, le message artistique authentique revêt une telle ampleur qu'il est regrettable de s'abstenir, par modestie ou égoïsme, de contribuer à sa propagation et à son plus vaste partage, surtout à l'époque de large communication et des grands défis qui appelle à plus d'implication, à plus de responsabilité, de la part de chacun.
Une oeuvre d'art n'a pas pour seule vocation de se prêter à la contemplation d'un nombre limité de regards avertis, mais de se répandre, car ses précieuses suggestions et révélations, qui concernent toute la collectivité entière, ne sauraient aboutir sans que la majeure partie ne l'appréhende convenablement.
Pour que cela devienne, il ne suffit pas de proclamer, mais d'agir. Autrement dit, il est vain et regrettable d'attendre que l'autre fasse ce que nous sommes mieux à même que lui d'accomplir.
C'est pourquoi l'admiration et le respect sont particulièrement mérités lorsqu'un homme parvient à mettre en conformité sa pensée (exprimée par l'artiste dans sa peinture) et ses actes.
J'ai découvert, ainsi, en Svetlin ROUSSEV, un homme simple et généreux qui, pour se mettre en accord avec son idéal humaniste, n'a compté, ni son temps, ni ses services. En plus de son travail de création, il enseigne à l'Académie des Beaux Arts de Sofia et a occupé les fonctions de Président des Artistes Bulgares, pendant de nombreuses années, et de Directeur de la Galerie Nationale de Bulgarie en considération de la qualité de sa connaissance de l'art bulgare et international. Svetlin ROUSSEV a fait don, en 1985, de la plus grande partie de sa collection privée d'origine nationale et étrangère qui constitue le fonds d'un Musée. Son humanisme, sa soif de découverte, de rencontre, de partage l'ont amené à exposer dans la plupart des pays et des continents. Son désintéressement, (que j'ai pu personnellement constater), son sens des valeurs et des responsabilités, sa quête de l'essentiel semblent accompagner, sans faillir, toute son existence.
C'est pourquoi il est possible de prétendre que, dans les oeuvres des
artistes authentiques, se reflètent les mystères mais aussi le sens qui se
découvre toujours davantage, toujours plus profond et proche de la vérité.
Les découvertes scientifiques récentes n'en sont-elles pas arrivées à l'interprétation de galaxies qui n'en finissent pas de se déployer ! Tout évolue,
y compris le corps et l'esprit humains ; chez l'homme, c'est, toutefois et
incontestablement l'esprit qui conditionne le sort de son évolution et l'art
pictural qui en apporte la vision.
C'est sur ce postulat que se fonde l'initiative "HomeART" : montrer ou aider
à répandre la prise de conscience que l'homme a pouvoir de déterminer
son avenir et que l'art révèle ou contient les signes susceptibles de bien
l'orienter -ce qui conduit l'initiateur à proposer la propagation du choix des
arts, ou de leur meilleure considération et plus profonde connaissance,
pour y parvenir.
Si on considère que l'art préhistorique animalier, que renferment nos
grottes ornées, ne se situe qu'à la millième partie la plus récente de notre
histoire technologique, on peut réaliser que l'art apparaît au démarrage de
l'accélération de l'évolution spirituelle, et pourrait bien, de ce fait, précéder
ou annoncer ses étapes qui n'ont commencé -notons le bien- il y a, à
peine, quelques dizaines de centaines d'années, pour atteindre la "surprécipitation" actuelle.
L'art pictural, par la force de son témoignage, acquiert pouvoir de révéla-
tion et d'éveil des consciences, voire de prémonition.
Ce simple constat devrait déjà permettre aux sceptiques de mieux considérer l'importance et le rôle des arts plastiques. Il pourrait aider à prendre
davantage conscience que l'appréhension de l'art, révélateur sensible des
menaces et des aspirations, facilite la découverte -grâce à la lucidité qu'elle développe - des voies et des moyens susceptibles d'affronter efficace -
ment les dangers et de conduire plus assurément vers l'évolution idéale ou
recherchée. A un moment aussi crucial que celui que nous traversons, à
l'ère planétaire et de masse que nous entamons, cette fondamentale appréhension devrait pouvoir s'étendre au plus grand nombre.
Le transréalisme témoigne de l'essentiel aujourd'hui et révèle, ainsi, l'urgence pour l'homme d'accéder à un dépassement, rendu nécessaire par les
découvertes et les évènements contemporains, sans précédents dans l'histoire de l'Humanité.
Sensible à la transmutation profonde en cours, l'artiste transréaliste éveille
et invite au réalisme de s'y adapter en suggérant à chacun de devenir le bon
acteur de soi dans le respect de l'autre et de l'environnement.
Urgence et nécessité ne sont, toutefois, aucunement synonymes de préci-
pitations et d'utopie. Si des centaines de milliers d'années n'ont pas suffi à
l'homme pour dominer son animalité qui l'avilit ou le plonge dans des
comportements indignes, le temps sera encore indispensable pour per-
mettre à sa composante spirituelle de l'emporter et d'atteindre ainsi un
niveau d'harmonie satisfaisant entre l'intelligence et la conscience.
Cependant, les améliorations n'arrivent jamais comme par enchantement
elles s'obtiennent par la curiosité, par l'effort, par l'abnégation et par toutes
ces qualités de l'homme qui élaborent progressivement sa grandeur, sa
dignité. C'est dans l'épreuve que l'être humain puise sa force et sa beauté.
Encore faut-il, pour bien maîtriser les orientations du combat, en avoir une 9b
réelle conscience et agir en tenant compte de cette fondamentale lucidité.
Jamais, l'Humanité, confrontée à des transformations aussi rapides que profondes, n'a été aussi troublée ; et, devant la chute ou l'échec de nombre de ses anciennes valeurs, l'art -cette valeur originelle qui a marqué le véritable départ de la conquête spirituelle et qui n'a, depuis lors, cessé de témoigner de ses différentes étapes- demeure la seule valeur, ou, en tout cas, la plus sûre, sur laquelle il convient de s'appuyer ou de se référer.
L'homme n'est pas un animal qui ne laisse de son passage sur terre que de la matière poussiéreuse vouée à se fondre dans l'univers de l'oubli. L'esprit qui l'habite et qui conditionne l'essentiel de son existence peut perpétuer le fruit de son développement à travers les âges.
Tout le sens est là ; et c'est l'insuffisance de prise de conscience de cette dimension temporelle qui perturbe et entrave, pour une large part, le monde matérialiste actuel, obstiné à rechercher dans l'immédiat et à courir après de vains et fugaces petits plaisirs. Or, l'ad pictural, expression de la conscience universelle, tient incontestablement ce rôle de mémoire et de matériau solide et porteur sur lesquels peut se construire un meilleur devenir.
L'ère de masse et de l'atome dans laquelle le monde se trouve désormais installé, ne peut plus se contenter de fatalisme, de laxisme, de courses folles et de croyances inopérantes et aveuglantes.
Le temps est donc venu de développer, de répandre, de partager l'appréhension de l'art, de le considérer non seulement comme source d'épanouissement et d'élévation, mais aussi, désormais, de salut.
Dans le témoignage éclairé des artistes -et, en particulier, dans les images transréalistes, fidèles miroirs des enjeux et des aspirations de notre époque, il va falloir apprendre non seulement à découvrir les sentiers lumineux de la sagesse, mais aussi à partager les clefs qui permettent d'y accéder ainsi que les méthodes et moyens qui permettent d'y progresser.
Puisque l'art est (ou apparaît comme) le meilleur instrument de l'homme pour conduire son évolution, il est naturel qu'il apprenne à bien s'en servir. L'oeuvre de Svetlin ROUSSEV est, à ce titre, lumineuse de lucidité et de suggestions.
J'ai rencontré le message de l'artiste par la reproduction d'une de ses oeuvres sur un catalogue du Salon d'Automne de 1987, il y a quelques mois. Elle représentait quatre hommes isolés dans un espace noir de mystères et rouge de sang vif et réussissait à évoquer pleinement la prise de conscience, approfondie par l'époque, de la condition singulière et de la destinée commune de l'humanité au sein de l'univers. Ce témoignage des aspirations et des angoisses, engendrées par les bouleversements nés des récents évènements et surprenantes découvertes, est un des éléments distinctifs du transréalisme.
Leurs corps, marqués par les souffrances de la vie, entachés par des blessures sanguinolentes, conservaient de la force et de la noblesse ; ils projetaient une lumière de beauté : celle de l'épreuve. J'y ressentais, là, le sens suggéré par le transréalisme.
Les visages reflétaient un état de profonde introspection pour deux d'entre eux et une tension sereine, une aspiration vers un meilleur, vers un ailleurs ou un possible autrement pour les deux autres.
A l'évidence, cet artiste partageait le même idéal, la même vision repérée dans le concept dénommé "trans/réalisme" et développé par la présente publication.
Un succinct courrier de mes intentions à l'artiste m'apporta une réponse enthousiaste de sa part et l'annonce de sa proche visite.
Lignes de brisures et de fractures, lignes de lucidité et de volonté
Parmi les éléments distinctifs de l'oeuvre, riche de symboles, de Svetlin ROUSSEV, il y a justement "ces lignes" qui m'ont particulièrement interpellé : ces lignes colorées, comme des faisceaux de lumière, qui sillonnent les visages et les corps de ses sujets. Qu'évoquent-elles ? Que suggèrent-elles ? Dans un de ses propos, l'artiste a comparé la ligne (dans le sens général du trait marqué sur la toile) à un cardiogramme de l'âme humaine. Toutefois, les lignes transversales auxquelles je fais allusion m'ont apparu comme un révélateur et symbole du concept transréaliste : ces lignes de vie, de force plus que de douleur, semblent à la fois chercher à aller au plus profond essentiel de soi et à atteindre plus fraternellement l'autre.
Je peux ici faire l'aveu que c'est curieusement ce concept de "ligne transversale" qui m'a décidé de choisir celui du "transréalisme", il y a deux ans. Jusqu'alors, me sembla-t-il, la construction picturale s'articulait sur deux lignes, la verticale (la plus ancienne, frontale, rupestre jusqu'à l'égyptienne, peut-être), et la ou les horizontales (qui autorisèrent les perspectives, jusqu'à nos jours).
L'apparition de la transversale pourrait traduire, ainsi, l'avancée actuelle dans le sens de la profondeur ou d'une spiritualité plus aboutie qui traduirait une meilleure ou plus exacte vision du monde et appellerait, de ce fait, à une plus grande communion entre les hommes.
Les lignes (ou traits) verticales, horizontales puis transversales traduiraient l'évolution de la vision du monde.
Cette remarque ne peut que prêter à commentaires et controverses. J'essaierai de l'affiner et de la développer dans l'essai (fondamental pour l'idéal proposé par HomeART) "I'Art Vecteur de l'évolution" qui sera, désormais, présenté régulièrement dans le courrier-magazine "Vecteur" et auquel, sans honte de me répéter, chacun est invité à participer et, ainsi, à contribuer à la recherche.
Pierre GOUVERNEUR |
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