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| Pour Luc Joly
Par Michel Butor | |
Il cherche dans les décharges et réhabilite ce qui est
relégué, réputé usé, périmé, les extradés, que ce
soient de beaux passe-partout à fenêtres en rhodoïd
ou les fragments superbement déchirés des boîtes en
carton qui protégeaient sans que nous leur accordions
la moindre attention les trésors des
supermarchés. Les Indiens Hopi disent que les amoncellements d'ordures ménagères sont les domiciles et maternités de la mort, que c'est notre condamnation qui nous condamne, que c'est nous-mêmes que nous rejetons dans notre rejet. Le spectacle des cimetières de voitures ne nous le confirme-t-il pas surabondamment ? Luc Joly recueille ces membra disjecta, ces objets parias, ces fossiles de l'agonie, les réanime par sa chirurgie, leur ouvre les yeux, délivre leurs mains et leurs lèvres, installe ces êtres de frontière dans des domaines de frontière: entre couleur et valeur, entre peinture et dessin, entre surface et sculpture, endroit et envers, intérieur et extérieur, école et tombe. En leur donnant chance d'une seconde vie, c'est une vie nouvelle qu'il nous offre. | |
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