Iseult Labote, un regard poétique sur le monde industriel
ELLE : no M1648 – 17 février 2003 par Odile Habel
A travers l’objectif de la Genevoise Iseult Labote, l’univers de la construction devient art. Cette jeune femme à l’allure branchée parcourt les chantiers du monde entier pour photographier des blocs de béton, des barres de fer, des bâches ou tout autre élément industriel qu’elle transforme en œuvres colorées très contemporaines.
Mince, élégante, habillée d’un jeans tendance et d’une veste en cuir, on s’attendrait plus à croiser Iseult Labote dans des cocktails jet set que sur des chantiers de construction. Et pourtant ! A 20 ans, elle reçoit son premier appareil de photo – un Nikon qu’elle n’a jamais quitté – et commence à mitrailler sans relâche tout ce qui l’entoure. Très vite, elle se concentre sur le monde industriel et plus précisément sur les chantiers. «Je les traque littéralement. Je me faufile même dans ceux qui sont interdits au public. Ce sont les meilleurs», dit-elle en riant.
Elle aurait peut-être aimé être architecte – une possibilité qu’elle évoque d’un air songeur comme si elle n’avait pas encore vraiment statué sur la question – mais elle décide de faire Sciences Politiques et Histoire de l’Art. «Je voulais être reporter de guerre, mais c’est difficile à concilier avec une vie de famille. Aujourd’hui, quand je suis sur un chantier à 75 mètres sous la mer, je ne suis pas certaine que ce soit vraiment moins dangereux que couvrir un conflit à l’autre bout du monde.»
Il y a trois ans, Iseult présente sa première exposition. Ces clichés étonnants, forts et lyriques,
Impressionnent le public. Le succès pointe à l’horizon puis, au cours de mois, s’installe confortablement. La preuve : l’artiste genevoise participera ce printemps à une importante exposition itinérante au départ de New York qui sera présentée dans vingt-quatre villes à travers le monde.
Là où les autres ne voient que barres de fer, blocs de béton, vieilles bâches usées par les intempéries, Iseult voit une poésie diffuse qu’elle saisit avec son appareil. «Il n’y a pas de montage, de mise en scène. Je photographie les choses comme je les vois à travers l’objectif.» Un seul cliché suffit. «Je sais exactement quel va être le résultat. Un regard et c’est bon. »
Des œuvres à l’atmosphère mystérieuse où la rudesse masculine des matériaux de construction est contrebalancée par le mystère des images. « Je cherche à réévaluer le banal. On ne penserait jamais que des sacs en plastiques peuvent être beaux, mais c’est souvent le cas. Il faut savoir les regarder.»
Accroupie sur le sol ou perchée sur un escalier en construction pour photographier des câbles, Iseult offre parfois un spectacle surprenant aux ouvriers des chantiers. «D’abord, ils ne comprennent pas ce que je fais, ce que je peux trouver d’intéressant ; ensuite ils voient les clichés, ils sont stupéfaits. Émus aussi.» Des visages que la jeune femme immortalise, mais qu’elle n’expose pas. «C’est peut-être une forme de pudeur, mais je n’ai pas envie de les montrer au grand public. Je garde ces clichés pour moi et pour les personnes que j’ai photographiées.»
Petits chantiers d’immeubles locatifs ou réalisations spectaculaires comme la construction du métro d’Athènes, tout intéresse la photographe. «La luminosité est différente selon le pays et également les matériaux utilisés.»
Rien ne la décourage. Ni les demandes d’autorisation, qui prennent parfois des mois, ni les caprices de la météo. «Il m’est arrivé d’attendre six mois un laissez-passer et de ne rien pouvoir faire car il pleuvait. J’ai dû retourner plus tard et refaire toutes les démarches administratives.»
Les noms des œuvres, Iseult les choisit plus tard. «Voile», «Réglisse», «Bouquet»
«Nourrice» …La touche poétique est toujours présente.
A ces grands formats – 80 cm x 120 cm et 125 cm x 183 cm – l’artiste envisage d’ajouter quelques tirages uniques de dimensions plus petites afin de rendre ces clichés accessibles à un plus grand nombre de personnes. «Tout le monde n’a pas des murs immenses dans son salon», dit-elle en éclatant d’un rire chaleureux.
|