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Espaces de la création Le thème du cylindre apparaît en 1998 dans l’œuvre de Christian Meyer et il s’affirme depuis lors comme un puissant leitmotiv de ses compositions abstraites ou figuratives. Dérivé du cercle, le cylindre est la traduction mathématique ou graphique d’un corps solide dans l’espace. Par ailleurs et comme toute figure géométrique – il en existe plus de cinquante mille -, il a valeur de symbole culturel sacré ou profane. A cet égard il est utile de rappeler ces paroles de la philosophe Simone Weil : « Presque toutes nos actions simples ou savamment combinées sont des applications de notions géométriques, l’univers où nous vivons est un tissu de relations géométriques, et la nécessité géométrique est celle même à laquelle nous sommes soumis, en fait, comme créatures enfermées dans l’espace et le temps. » (l’Enracinement) Aussi la présence récurrente de ce concept chez Christian Meyer dénote une réflexion artistique associant étroitement données plastiques et symboliques. Mais, lorsqu’il ajoute la représentation humaine à celle du cylindre, surgit alors une dimension supplémentaire. Formes circulaires enveloppantes et personnages semblent entraînés dans une danse étrange de derviche tourneur, traçant une topologie inspirée de la ronde des planètes autour du soleil. On peut y voir l’image archétypale du tourbillon de tout ce qui se meut ; l’homme se déplace, avance, recule, tourne sur lui-même, fait office d’axe, ou encore quitte son cercle pour aller, solitaire, à la rencontre d’une nouvelle orbite où s’accrocher. La métaphore cosmique met en évidence l’immuable mouvement circulaire ordonnant la vie et les déambulations de l’homme à travers ces cycles. Stations, déplacements et errances des personnages de Christian Meyer constituent une forme de quête qui transporte le spectateur dans les territoires intérieurs du peintre. En effet, les lieux arpentés par l’artiste dans ses représentations sont ceux de sa conception de l’espace pictural, un univers où demeurent encore de nombreuses terres vierges. La trajectoire de l’artiste le conduit ainsi à quitter les frontières du connu pour aborder les rivages de l’inconnu, ce qui semble, à vrai dire, la seule façon de s’inscrire dans un processus de création. Techniques et matières utilisées par l’artiste renvoient également à cette nécessité exploratrice et, à ce propos, on peut évoquer la notion « d’espace-chantier » caractérisant l’élaboration de ses travaux. Ses oeuvres, progressivement, se couvrent de plusieurs couches de matériaux, de formes et couleurs. Mais une fois réalisée cette superposition de strates, l’artiste attaque alors le substrat malléable, creusant, déchirant, grattant les profondeurs du site pictural pour dégager aléatoirement de nouveaux espaces où il pourra y déposer d’autres traces. Dans un permanent faire défaire, d’apparitions et de disparitions, formes, couleurs, textures, prennent place dans un espace jamais conquis définitivement. La figure du cylindre et de l’homme pris dans son mouvement perpétuel concentre ce propos existentiel et stylistique.
Françoise-Hélène Brou
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