Tout a commencé dans un pays à l'histoire millénaire comme l'Egypte, avec
un regard sur l'immensité d'un
paysage tel le désert, avec des études sur les symboles comme les
arabesques, le dessin géométrique qui
remonte à l'art de l'Antiquité grecque. Lumière éblouissante et couleur
aveuglante sont les éléments
constituants du langage pictural et le signe distinctif de l'oeuvre d'Opy
Zouni.
Des compositions avec presque toujours les mêmes éléments qui déployaient
des champs infinis en déjouant l'oeil et
qui, à travers la perspective géométrique et l' interpénétration de l'
espace et de la surface dénotaient l'intense
soumission à la logique et aux règles inviolables de la rigueur.
Les variations des intervalles entre les lignes, les intensités de la
lumière et de la couleur, la réduction des éléments
vers le fond, les associations des couleurs fondamentales semblaient
suivre les réductions mathématiques et incarner
avec précision une création picturale. Etait-ce toutefois une réalité ou
un mirage qui impliquait la liberté, l'imagination,
l'audace d'affirmer et en même temps de réfuter la rigueur
géométrique?
Les jeux de la perspective classique plutôt apparente et absolument
inverse et réductible, les variations au moyen des
couleurs explosives souvent associées au noir qui en est l'absence et le
blanc qui les réunit toutes, de même que
l'entrée et la sortie involontaire de l'oeuvre témoignent que Zouni
tenait toujours l'équilibre aux confins de l'imagination et
de la rigueur entre la cérébralité et la spontanéité contrôlée. Et
pourtant, elle avait la capacité de créer des oeuvres dont
l' équilibre des contrastes et l'exécution concise de chacun des détails
les plus insignifiants conduisaient à la
réalisation de ce que l'on considère comme classique, c'est-à-dire
l'immuable consacré.
En effet, son oeuvre incarnait la rigueur de l' architecture classique
qui respirait grâce aux variations de la lumière et de
l'espace. En outre, les petites déviations nées de la liberté de la
vision et de la sensation de la vie et de la nature
trouvaient chez Opy Zouni leur affirmation absolue et leur interprétation
moderne. Mais ce qui était toujours perceptible
c'étaient la stabilité de la structure et l'équilibre des parties.
Ce qui était latent en elle comme la liberté, la déviation, l'audace, la
vibration, s'est confronté aujourd'hui à la rigueur et
l'a emporté. C'est ainsi que son oeuvre en arrive à renfermer deux
éléments diamétralement opposés dans leur texture
mais solidement liés entre eux. Zouni a osé dans cette dernière phase
révéler un autre aspect de sa personnalité, celui
qui rêve, vibre de passion et se laisse submerger par le sentiment.
Derrière les barres, elle incite à courir avec
insousiance, à se baigner de soleil et à goûter l'embrasement du feu.
Avec des couleurs vives et des formes géométriques, elle construit
d'abord un espace imaginaire dont la logique se
transmute en un rêve artistique et spontané. Là où auparavant nous
attendaient le vide, l'infini, l'inconnu, se déroulent la
fête de la joie, la danse échevelée des couleurs, l'épanouissement
schématique de la nature, la source de l'espoir.
Les barres noires orientent mais n'arrêtent pas: elles se détachent comme
des routes qui mènent à de vastes allées
agréables pour celui qui a la possibilité de s'élancer et de s'unir avec
la nature dans sa forme primordiale riche en
promesses. Le bout du chemin est loin, la récompense est grande et la
joie immense. On pourrait même dire que les
variations des éléments picturaux offrent ce à quoi l'esprit aspire et ce
que l'âme veut ressentir. Bleu foncé, ciel de la
rêverie prêt à enlacer les mystères de la nuit, prairies vertes, épis
jaunes qui brûlent à la lumière du soleil, fleurs des
champs et tout ce que l'imagination peut en somme créer.
Même les boites colorées des temples de l'espace sont autant de
variations pour la texture de l'univers. Des
possibilités infinies de faire revivre de tous côtés dans sa splendeur
géométrique l'univers du créateur, l'idée première, la
réalité d'aujourd'hui, la possibilité de demain et enfin l'aboutissement
de l'avenir.
L'oeuvre a mûri, elle incarne des idées innombrables en démontrant
simultanement qu'elle s'attache a a rêverie comme
elle s'en évade. Des cubes qui sont tombés pour ainsi dire du ciel sur la
nature encore incrée, vibrante de rouge et
entourée de vert. Toutes ces allusions conduisent à des symboles qui pour
être éclaircis exigent que tous les
enchainements se mettent en branle et s'associent. Même les
transformations réduites ou agrandies de l'espace qui
tiennent librement dans l'environnement permettent des variations
innombrables dans une structure dorique. Qui aurait
pu prétendre qu'une telle expression ne remonte pas à la tradition, ne
puise pas ses idées dans le passé pour de
nouvelles formes? Ce qui est sûr, c'est que l'oeuvre de Zouni est le
reflet d'un rayonnement classique, de la relation
infrangible des forces qu'impose le subtil équilibre des notions
absolues.
Nelly Misirli, Janvier 1992
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