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OPY ZOUNI ET LE VIDE PLEIN
Il faisait une belle journée de soleil en ce début d' automne athénien de
l' an dernier, quand je suis allé rendre visite à
Opy Zouni dans son atelier de Palia Pendeli. La lumière naturelle
saturait l' espace et y diffusait comme un supplément
de clarté qui s' intégrait parfaitement an blanc de tableaux. Et c'est
alors que j'ai compris une chose simple et non
évidente, comme toutes les choses simples: l'oeuvre entière de l' artiste
est le reflet de cette lumière analytique qui lui
mange les yeux depuis sa plus tendre enfance. Les structures et les
perspectives géométrisantes ne sont que des
propositions de parcours, des circuits organisés qui tentent de cerner de
plus près cette impalpable clarté qui est la
marque de la libre diffusion de l' énergie dans l' espace. L'
intervention de la couleur, l' émergence du motif ne sont que
les effets seconds de l' idée-mère de l' intuition fondamentale.<
J'ai connu Opy depuis plus de dix ans à San Francisco, et j'ai suivi
régulièrement le développement de son oeuvre. J'ai
toujours été frappé par le rigoureux contrôle de ses volumes
architecturaux qu' elle maitrisait à
travers la grille du dessin. Il m'a fallu attendre 1992 pour clarifier
définitivement le malentendu formel qui conditionnait
ma vision. Le parti-pris constructiviste qui caractérisait ses oeuvres en
soulignait la dimension architectonique, et la
rapprochait de l'esprit modulaire du travail des groupes de l'art
programmé italien, qui fut cher à Argan pendant
quelques saisons au début des années 60 (1959-63). Mais ce n'était là
qu'une apparence!
Si on peut parler d'architecture à propos de compositions d'Opy Zouni,
c'est en pensant à Yves Klein et à ses
dessins d'architecture de l'air. Le vide est la demeure de l'énergie,
et Opy Zouni nous propose, à
travers toutes les gammes de son imagination, le grand village de maisons
du vide. Car Opy Zouni est une initiée qui a
très bien compris le message du peintre monochrome. Ses tableaux sont des
schémas structurels d'espaces pleins:
pleins de l'énergie cosmique qui est à la base de tous les langages de
la sensibilité. Oui, Opy a retenu cette
essentielle leçon: l'énergie, substance-même de notre sensibilité, est
l'émanation de la vie, le bien de tous et de
personne. Notre sensibilité qui fait ce que nous sommes, ne nous
appartient pas. Nous n'en sommes que les
locataires. Quand nous nous en servons, nous avons de droits et des
devoirs vis à vis d'elle, car nous n'en sommes
absolûment pas propriétaires.
Opy Zouni en est consciente et elle travaille dans la plus grande
humilité: ses tableaux sont les écrins du vide et les
champs magnétiques de l'énergie. Son message s'éclaire désormais pour
moi: c'est un hymme secret dédié à la
réalité immanente et profonde de la vie. Et les moments les plus beaux
sont ceux où s'incarne la trace fulgurante de l'élan cosmique, en un fragment
angulaire d' éternelle poésie.
Pierre Restany
Milan, le 24 Mars 1993
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