Mondrian à la lumière de Matisse
L'élément capital dans l'oeuvre d'Opy Zouni demeure le double héritage
culturel qui est à la base
de sa personnalité: l'Egypte et la Grèce. La voie de la géométrie est
certainement le lien le plus direct qui
puisse relier la sensibilité de l'artiste à son environnement. Qu'il
s'agisse de peintures, de sculptures ou
encore d'installations liées à l'environnement, Opy Zouni nous propose
des «oeuvres d'ambiance» c'est-à-
dire des propositions visuelles qui sont à la fois des déclarations
d'intention, des définitions de parcours.
Tout est relatif.
Si par rapport à l'Orient égyptien la Grèce préfigure toutes les valeurs
de l'Occident, un lien organique unit
ces deux terres d'histoire. Et ce lien c'est la lumière, lumière qui est
la même au Caire, à Alexandrie, à
Athènes ou à Spartes. La lumière chez l'artiste se traduit et se
transpose en terme de clarté. Clarté des
couleurs limitée au contraste élémentaire, clarté des perspectives pureté
de l'espace mental et
sentimental qui émane de chaque oeuvre. Une clarté qui peut paraître
froide étant donné la rigoureuse
absence de toutes références figuratives ou humaines. Mais il s'agit à
vrai dire de l'effet rationnel d'un
naturalisme mental.
Ce que nous propose Opy Zouni, ce sont des paysages conceptuels. Il s'
agit là donc vraiment d' un sens
de la nature qui élimine délibérément l'anecdote pour se situer au coeur
du problème. L' être Zouni se
pense en tant qu'artiste et cette pensée, projetée dans le domaine
esthétique des formes et des volumes,
se traduit par la mise en place de dispositifs de connaissances.
Les dispositifs sont simples dans la mesure où la logique, lorsqu'elle
est mise à nue, s'identifie
spontanément avec les ressorts de l'élémentaire et de l'essentiel.
Les compositions d'Opy Zouni fonctionnent parfaitement du point de vue
rationnel puisqu'elles sont
simples et claires. La rigueur n'exclut pas l'attachement sensuel à la
lumière mais la lumière, elle aussi,
est chose mentale. Son intervention est donc filtrée par la raison.
Il y a, dans ce mécanisme rationnel en action systématique, quelque chose
qui pourrait bien s'apparenter
au reflet d'une joie de vivre qui serait marquée du sceau de la
tempérance.
En effet, la géométrie d'Opy Zouni est celle de l'équilibre fonctionnel
qui tire son efficience de sa clarté et
de sa mesure. Cette vision de l'art inspirée du sens de la mesure
déclenche, de façon allusive mais
insistante, un phénomène d'alerte visuelle. Les espaces vides d'Opy Zouni
perdent peu à peu leur
apparente froideur et l'espace circonscrit dans les structures
perspectives se rempli peu à peu du flux
psychologique de l'attente. Cette dimension de l'attente est une sorte
d'acte réflex motivé par l'impact
architecturai de la composition.
Quelque chose devra finalement se passer dans ces couloirs, dans ces
salles, dans ces baies ouvertes
sur l'infini de nos parallaxes visuels.
Oui, certes il se passera quelque chose et nous attendons. Et peu à peu
nous nous rendons compte qu'il
ne s'agit pas d'un effet de surprise ni du choc dynamique d'un événement.
Ce n' est pas la violence qui se
profile à l'horizon Zounien mais comme l'apparition furtive et subreptice
d'un voile translucide de
sérénité.
Le vide géométrique d'Opy Zouni est une construction sur le calme. Son
sens de la mesure est aussi le
sens de l'espoir. Aux définitions ontologiques simples correspondent des
formes conceptuelles claires.
Tout semble être dit et nous poursuivons comme une tautologie
structurelle dans notre premier regard et
le second est tout aussi clair que le premier. Il n'y a pas d'arrière
pensée du regard dans cette oeuvre,
dans le seul mystère et le calme, dans la volupté d'être.
Il faut énormément de sensibilité et de raison pour allier l'esprit de
finesse à l'esprit de géométrie, dans ce
qui pourrait bien être, en fin de compte, un hymne à la joie de vivre, la
rigueur de Mondrian revue et
corrigée à la lumière de Matisse.
Pierre Restany, Décembre 1985
(Catalogue ICC, Anvers, 1986)
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